Source : COSIMAPP
En aval du vote largement majoritaire en faveur de la résolution contre la peine de mort en date du jeudi 17 décembre à Strasbourg (texte ici), les députés européens suivants sont intervenus pendant le débat précédant ce vote :
Mme Karamanou (PSE ou Groupe du Parti des Socialistes Européens) ; Mme Gonzales Alvarez (GUE/NGL ou Groupe de la Gauche Européenne/Gauche Verte Nordique) ; Mme Schroedter (V ou Groupe des Verts au Parlement Européen) ; Mme Lenz (PPE ou Groupe du Parti PopulaireEuropéen) ; Mme Pailler (GUE/NGL) ; Mr Cushnahan (PPE) ; Mr Fassa (ELDR ou Groupe du Parti Européen des Libéraux, Démocrates et Réformateurs) ; MrBertens (ELDR) ; Mr Dupuis (ARE ou Groupe de l'Alliance RadicaleEuropéenne). Intervention de madame Aline Pailler du GUE/NGL au parlement européen à Strasbourg, en aval du vote de la résolution contre la peine de mort et pour Mumia Abu-Jamal, le 17-12-98
Monsieur le Président, je porte là un badge et, avec moi, toute l'émotion de la réunion d'hier où j'ai accueilli une délégation des divers courants du mouvement abolitionniste américain, conduite par Angela Davis. Angela a marqué les gens de ma génération qui ont souvent commencé à militer pour exiger sa libération. Elle aussi était condamnée à mort.
Sortie de prison grâce à la mobilisation internationale et une interruption de la peine de mort aux États-Unis pendant quelques années, elle est restée fidèle à ses engagements et continue de lutter pour la défense des opprimés et contre la peine de mort. Les témoignages dont nous avons pris connaissance hier avec les membres de la délégation, l'avocat d'Abu-Jamal, le responsable d'Amnesty International, donnent le frisson. Ils sont sans doute présents ici d'ailleurs. Aux États-Unis la peine de mort revêt, en plus, un caractère raciste et discriminatoire. Plus on est noir et pauvre, plus on risque d'être condamné à mort et exécuté.
Alors que la communauté internationale fête le cinquantenaire de la Déclaration universelle des droits de l'homme, les États-Unis arrivent à leur 500ème exécution depuis 1977, en continuant d'appliquer une méthode barbare et inefficace, un véritable meurtre administratif comme l'a dit Albert Camus en son temps. Plus de 3 500 personnes sont actuellement dans le couloir de la mort.
Journaliste noir condamné à mort en 1982 à la suite d'une machination policière et judiciaire et d'une parodie de procès, Mumia Abu-Jamal est devenu un symbole de la lutte contre la peine de mort. Après le rejet de la demande de révision de son procès par la Cour suprême de Philadelphie, il risque d'être exécuté à tout moment. Toutes les manifestations, toutes les prises de position, toutes les résolutions que nous avons souvent prises ici même, contribuent à empêcher son exécution. Que le Président des États-Unis et le gouvernement de Pennsylvanie le sachent, nous ne nous résignerons pas à l'irrémédiable.
En adoptant la résolution cosignée par notre groupe, nous exprimons, avec force, notre volonté de sauver Mumia Abu-Jamal en empêchant son exécution et d'abolir la peine de mort. Mumia ne doit pas mourir ; son procès doit être révisé. Mais il faut aller plus loin et exiger de nos gouvernements et des autorités européennes, des prises de position et des interventions plus énergiques auprès des États-Unis, dans le cadre des relations économiques transatlantiques.
Je ne pourrai pas conclure, Monsieur le Président, pardonnez-moi mon intervention, sans évoquer le sort de Léonard Peltier que Bobby Castillo, son porte-parole ici présent, a brillamment défendu hier, au cours de notre rencontre. Leader de l'American Indian Movement, il a été condamné à deux peines à perpétuité. Il est actuellement très malade et privé de soins. Nous devons maintenir la pression.
Aline PaillerRésolution européenne sur l'abolition de la peine de mort