Le clocher de Granvelle
par le CROA de Besançon
Ce clocher a été construit en 1996 sur la palais Granvelle, un bâtiment appartenant à la ville de Besançon (Doubs). Ce bâtiment public comportait une tour médiévale dont la toiture avait brûlé à l'époque de la Révolution, soit il y a plus de deux siècles. Cette absence de couverture n'avait pas préoccupé grand-monde jusqu'à nos jours où la nécessité de faire quelque chose est soudain devenue impérieuse. En prenant modèle sur des plans et tableaux datant du début du XVIIIe siècle, les architectes en sont arrivés à créer un clocher selon un modèle de la fin de ce même siècle. Cherchez l'erreur. (Nos affirmations s'appuient sur les recherches d'un spécialiste de l'histoire comtoise de l'Université de Besançon.)
En considérant que le palais Granvelle était destiné un jour(?) à abriter l'hypothétique musée du Temps (passé horloger de Besançon oblige), les promoteurs en sont venu à interprêter un article de la loi de 1905 sur la séparation des églises et de l'état, comme les autorisant à placer une croix sur le nouvel édifice. Car pour nous il s'agit bien d'une construction nouvelle étant donné que depuis deux siècles il n'y avait rien à cet endroit et que l'on peut même affirmer sans risque qu'il n'y eut jamais là rien de semblable. (Voir nos arguments)
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Le vrai faux clocher du XVIIIe siècle de Granvelle
(photos de l'Est Républicain du 19/2/97)Contrairement à ce que vous pourriez imaginer, selon un document du ministère de la culture ceci n'est pas un clocher mais "un dôme"... ou encore la "restitution de la couverture du grand escalier du Palais Granvelle de Besançon", dont le coût est de 1,6 MF .
Un recours contre la pose de la croix située au sommet de ce "dôme" a été déposé devant le tribunal administratif de Besançon. Ceci fut possible après la réalisation de la chose parce qu'il n'y a eu ni permis de construire, ni débat, ni maquette, ni enquête d'intérêt public, mais une seule décision ministérielle. Dans ce cas il ne peut pas y avoir de limite dans le temps pour contester la décision administrative.
Voici quelques-uns des arguments des défenseurs du "dôme" :L'Etat, (préfecture du Doubs) (maître d'oeuvre, engagé à 50% dans le financement, soit 800 000 francs)
-- "La reconstitution de l'élément d'architecture [la croix !] faisant l'objet de la requête ne constitue ni la reconnaissance, ni la subvention d'un culte."
-- "le dôme [...] doit trouver un couvrement [...] dont le coût n'est peut-être pas [...] inférieur au coût de la croix."
-- "[la croix] constitue de ce fait un élément architectural esthétique et culturel." (oui, culturel et pas cultuel !).
-- "aucune loi n'interdit de remettre [...] des lieux dans l'état où ils étaient..."
Le département du Doubs (engagé pour 25% dans la dépense, soit 400 000 francs pour le "dôme de l'escalier" )
-- "[...] pour que l'intérêt soit recevable, le requérant doit mettre en avant sa qualité d'usager et non pas celle de citoyen."
-- "la commission du conseil général du Doubs [...] a décidé l'octroi d'une subvention de 400 000 francs (à l'opération constestée) [...] (mais) n'avait ni les moyens techniques ou finaciers, ni un droit de contrôle sur les avis techniques des services de la direction régionale des affaires culturelles [...]"
-- "le département du Doubs n'est pas maître d'oeuvre de l'opération contestée." (Tout juste complice alors ?)
-- "[...] le projet présenté par la direction de l'action culturelle n'a pas paru contraire à la politique culturelle du département du Doubs(1) ainsi qu'à la législation et à la réglementation dans ce domaine. " ((1) on s'en doutait)
La mairie de Besançon (engagée à 25% dans le financement soit 400 000 F.) : pas de réaction officielle à ce jour, mais un conseiller se présentant comme "de gauche et libre penseur" nous a agressivement fait savoir qu'il trouvait cette réalisation très belle, donc notre action particulièrement mal venue. Certains de ses collègues n'ont heureusement pas ce mauvais goût.
Septembre 97 : nous avons enfin reçus la réponse de la mairie de Besançon qui perd 640 000 francs dans les études préliminaires du musée du Temps...
Une vue "imprenable" depuis la Grande Rue
comble un vide de plus de deux siècles.
Commentaires et arguments
L'article 28 de la loi de 1905 stipule que tous les symboles religieux doivent être enlevés des édifices publics, "à l'exception des édifices servant au culte (...) ainsi que des musées ou expositions."
Ceci s'appliquait en 1905 et concernait ce qui existait à l'époque ! Il n'est nulle part prescrit de poser des symboles de culte sur les bâtiments existants mais privés de cet ornement ou à construire, ni sur les expositions futures. D'autres part il n'était pas dans l'esprit du législateur d'interdire les expositions d'objets religieux qui font bien évidement partie du patrimoine artistique de notre pays. Mais quelques soient les arguments avancés, on ne voit toujours pas bien le rapport entre un musée du Temps (encore à créer) et la couverture (religieuse) de l'escalier d'une tour médiévale. Affaire à suivre donc...
La loi de 1905 n'a pas pour objet de permettre la pose de croix ou autre symboles n'importe où, mais au contraire d'interdire leur maintien sur les ex-édifices religieux qui ne seraient pas affectés à une occupation culturelle de type musée.