Pour une Alsace-Moselle « vraiment laïcisée »
Le colloque organisé à
Strasbourg contre le concordat et le statut scolaire local a décidé
d'interpeller les candidats aux présidentielles sur ce thème, au nom de
« la laïcité de l'École et de l'État ».
« Monsieur - ou Monseigneur - Doré, je vous propose un débat
public sur le concordat : êtes-vous prêt à renoncer au financement
public du culte et des cours de religion ? » Cette invitation a
été lancée par le philosophe Henri Pena-Ruiz au cours du colloque contre le concordat de 1801 réuni
hier après-midi à Strasbourg. Au nom de « l'idéal laïc »,
l'orateur a plaidé pour que la religion demeure « une démarche
spirituelle » dans « la sphère privée ». « Si elle
revendique des privilèges financiers ou culturels, elle devient
politique ». Ce qui, dit-il, est le cas quand « trois
départements sont soumis à un régime dérogatoire en contradiction avec le
caractère indivisible de la République ». Cette démonstration a
été très applaudie au cours de cette rencontre à laquelle ont participé
entre 3 et 400 personnes, venues d'Alsace-Moselle, mais aussi d'autres
départements français, à l'appel de la Libre Pensée, de l'association
Laïcité 67, et de certains syndicats de l'enseignement et de la culture
Force ouvrière et CGT. A l'unanimité (moins une voix), la salle a voté le
principe d'une « lettre ouverte » aux futurs candidats à
l'élection présidentielle : elle leur demande de se prononcer
« sur l'abrogation ou le maintien du statut d'exception clérical
d'Alsace-Moselle ». Il ne s'agit pas d'attaquer tout le droit
local, a précisé Georges Hoffmann (Laïcité 67) : « Le régime
local de Sécurité sociale, le repos du dimanche, les jours fériés
supplémentaires, ont été gagnés par la lutte des travailleurs
allemands ».
Une Europe cléricale ?
Au delà du droit local des
cultes, qui les indignent, les intervenants ont une autre
inquiétude : l'Union européenne leur semble aller à contre-courant de
leur conception de la laïcité. Quatorze pays sur quinze ont un régime de
cultes reconnus, a déploré Christian Eyschen, secrétaire général de la
Libre Pensée. Tandis qu'Étienne Pion (Europe & Laïcité) a estimé que
« les forces confessionnelles veulent délaïciser, cléricaliser, pour
certaines islamiser l'Europe ! » Les organisateurs ont
vertement répondu au président de l'université Robert-Schuman, Christian
Mestre. Celui-ci avait précisé que l'université « ne cautionnait en
aucune manière une manifestation aussi éloignée de l'éthique
universitaire » (DNA du 6 décembre). « J'ai lu son communiqué
deux fois pour être sûr que ce n'était pas celui de
l'archevêché ! », s'est exclamé Babu Gogineni, secrétaire
général de l'International Humanist and Ethical Union. « J'ai été
surpris de l'intolérance de cette université française ». Le
président Mestre avait cependant maintenu la location de la salle
transférant simplement la rencontre dans un amphithéâtre extérieur.
Philippe Simler, ancien doyen de la faculté de droit, a estimé pour sa
part, lors du conseil d'université jeudi, qu'il était « insupportable
que l'université ait accordé une tribune » à ce « pseudo-colloque ».
Jacques Fortier
Dernières Nouvelles d'Alsace, Dimanche 9 Décembre 2001.