Dans cette seconde partie de la Conduite chrétienne, on traite particulièrement des principales dévotions auxquelles on peut consacrer chaque Jour de la Semaine. C'est pourquoi, en se conformant en cela à l'esprit de l'Eglise, on parle, le Dimanche, de la dévotion à la très-sainte Trinité ; et en même temps de la manière de sanctifier ce saint jour. Le Lundi, de la dévotion pour les âmes du Purgatoire, le Mardi, de la dévotion aux Saints Anges Gardien. Le mercredi de la dévotion aux Saints du Paradis. Le jeudi, de la dévotion au très-saint Sacrement de l'Autel. Le Vendredi, de la dévotion aux Mystères de la Mort et Passion de Notre Seigneur. Le Samedi, de la dévotion à la très Sainte Vierge. On y parle ensuite des jours de Fêtes, de jeûne et d'abstinence qui peuvent se rencontrer dans la Semaine, et de la manière de les sanctifier.
Pour passer saintement le Dimanche, tâchez d'honorer d'une manière particulière la très-Sainte Trinité. Dites souvent pendant la journée : Benedicta sit sancta et individusa Trinitas, nunc et semper, et per infinita saecula saeculorum. Amen, Ou bie : Sanctus, Sanctus, Sanctus, Dominus Deus Sabaoth. Ou bien Bénie soit à jamais la très-Sainte Trinité, etc. Dites-le en vous éveillant, en vous levant et à chaque heure de la journée, etc.
Faites, à quelque heure du jour, les actes suivants ; mais faites-les posément, avec attention, et avec toute la dévotion dont vous serez capables
Mon Dieu, je crois fermement tout ce que la Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine croit et nous enseigne, parce que c'est vous, qui ne pouvez pas vous tromper, qui lui avez révélé.
Je vous adore, très-Sainte Trinité, un seul Dieu en trois personnes, Père, Fils et Saint-Esprit, dans une parfaite égalité de toutes choses, et sans autre disstinction que celle des Personnes. Je me prosterne humblement devant vous. Je reconnais que c'est de vous que je tiens l'être et la vie, et tout ce que j'ai au monde. Je me souments entièrement à votre sainte volonté.
Mon Dieu, j'attends de votre bonté tout ce qui m'est nécessaire pour passer cette misérable vie. Je suis assuré que vous me l'accorderez, pourvu que je fasse de mon côté tout ce que vous demandez de moi, parce que vous avez promis de ne jamais manquer à ceux qui vous servent.
J'espère que vous m'accorderez tout ce qui m'est nécessaire pour faire mon salut, et arriver à la gloire éternelle, à laquelle vous m'avez destiné.
J'espère que vous me ferez miséricorde, et me pardonnerez mes péchés, dont je vous demande très humblement pardon, et que je déteste de tout mon coeur pour l'amour de vous, avec une ferme résolution de n'y plus retomber, aidé de votre sainte grace.
Enfin, j'espère que vous me ferez la grace de mourir dans votre amour, et de me recevoir un jour dans votre Paradis, où j'aurai le bonheur de vous voir face à face, pour vous y aimer, et glorifier à jamais.
Je sais bien, Père Eternel, que je ne mérite pas d'obtenir toutes ces graces : mais c'est par les mérites de votre très cher Fils Notre Seigneur J-C, par l'intercession de la très-sainte Vierge et des Saints, que j'espère le tout de votre infinie bonté et miséricorde.
Mon Dieu, j'aime mon prochain comme moi-même pour l'Amour de vous. Je pardonne de bon coeur à mes ennemis, (si j'en ai quelq'uns) tout le mal qu'il m'ont fait , ou qu'ils me veulent, comme je désire que vous me pardonniez. Je souhaite à tous les hommes, quels qu'ils soient, toutes sortes de biens. Je suis dans la disposition de leur rendre dans l'occasion, selon mon pouvoir, tous secours corporels et spirituels auxquels la charité m'oblige, parce que vous me le commandez et me l'ordonnez ainsi.
Mon Dieu, je vous remercie de ce que vous m'avez créé et mis au monde, sans aucun besoin de moi.
Je vous remercie de ce que vous m'avez créé à votre image et ressemblance, capable de vous connaître, de vous aimer en ce monde, et vous posséder dans l'autre pendant l'éternité.
Je vous remercie de m'avoir préféré à tant d'autre créatures qui auroient pu être ; mais qui ne seront jamais, et qui vous auroient mieux servi que moi.
Je vous remercie de ce que vous avez créé tant de choses pour mon service, etc. de ce que vous m'avez donné le corps et l'âme ; que j'ai des yeux, des oreilles, une langue, une bouche, des pieds, des mains, une mémoire, un bon sens, de la force, de l'industrie, de la santé, de quoi vivre, etc.
Je vous remercie de m'avoir racheté de l'enfer, par J. C. Notre Seigneur, de m'avoir fait la grâce d'être baptisé, de m'avoir fait naître de Parents Catholiques, qui m'ont élevé dans la vraie religion. Si j'étais mort sans être baptisé, comme tant d'autres, je n'aurais jamais pu espérer d'avoir le bonheur de vous voir et de vous posséder un jour dans le ciel.
Je vous remercie, ô mon Dieu, de ce qu'après vous avoir tant offensé, vous m'avez attendu en pénitence. Hélas ! Si vous m'aviez puni comme je l'ai mérité, il y a longtemps que je serais en enfer. Combien y en a-t-il qui y sont, qui ne l'ont pas tant mérité que moi !
Je vous remercie de m'avoir délivré de tant de périls, et préservé de tant de péchés où je serais tombé sans votre assistance. Pensez aux dangers que vous avez encourus en votre vie, et aux grâces particulières que Dieu vous a faites, pour l'en remercier en particulier.
Enfin je vous remercie, ô mon Dieu, de tous les biens communs ou particuliers, temporels ou spirituels, connus ou inconnus, que j'ai reçu de vous pendant toute ma vie, mais particulièrement la semaine passée. Je prie tous les Anges, tous les Saints, et en particulier, la très-sainte Vierge Marie, de vous en remercier avec moi et pour moi, par Notre Seigneur J. C. qui les a mérité.
Je suis tout confus, Seigneur, quand je considère d'un côté les graces que m'avez faites, et que vous me faites tous les jours, et que, d'un autre côté, je pense au grand nombre de péchés que j'ai commis contre vous pendant toute ma vie. Hélas ! Combien de péchés n'ai-je commis depuis que je suis au monde, par mes yeux, par mes oreilles, par ma bouche, par ma langue, par mes mains et par mes pieds ! Combien n'en ais-je pas commis par ma mémoire par mon entendement et par ma volonté ! A combien de mauvaises pensées ne me suis-je pas arrêté ! Combien de mauvais desseins n'ai-je pas formé ! Combien de mauvaises paroles n'ai-je pas proférées ou pris plaisir à écouter ! De combien de péchés n'ai-je pas été la cause, et combien de choses n'ai pas omises, lesquelles je devais faire ! Combien de péchés dans mon enfance, dans ma jeunesse, et dans un âge plus avancé ! Combien de péchés n'ai-je pas fait au lit, ou à la maison, tout seul, et en compagnie ! Combien de jeûns mal observés, de Confessions et de Communions mal faites, de Messes mal entendues, de désobéissance à mes parents et à mes supérieurs !
Combien d'excès dans le boire et dans le manger, d'immodesties dans les Eglises, de distraction dans mes prières, d'emportement contre mon prochain, d'impatience dans mes travaux, de vanité dans ce que j'ai dit ou ce que j'ai fait, de défauts dans mes actions, etc.
Que ne suis-je mort plutôt mille fois que de vous avoir tant offensé, ô mon Dieu ! Je vous en demande très humblement pardon. Je déteste mes péchés par dessus toute chose, pour l'amour de vous.
Pardon, mon Dieu, pardon pour tous les péchés que j'ai commis dans ma vie ; mais particulièrement pour ceux que j'ai commis la semaine passée. Je fais une ferme résolution, moyennant votre sainte grace, de garder à l'avenir vos Commandements plus fidèlement que jamais, et d'éviter toutes sortes de péchés, surtout ceux auxquels je suis le plus enclin.
Je vous confesse, ô mon Dieu, que je ne suis que poudre et que cendre ; que si vous ne m’assistiez de votre grace, je tomberais dans les derniers désordres ; et il n’y a point de crimes, quelques grands et énormes qu’ils soient, que je ne sois capable de commettre ; que je suis la fragilité et l’inconstance même ; que je n’ai aucune fermeté dans la vertu ni dans mes bonnes résolutions ; que je n’ai point de véritable humilité ; que je suis tout sensuel et immortifié, que je n’ai ni douceur ni patience, que je n’ai presque point de dévotion ni de pitié, et que le peu que j’en ai, je le tiens de votre miséricorde. Enfin, je l’avoue, ô mon Dieu, à ma confusion, que j’ai mérité l’enfer mille fois, et qu’il y a des millions d’âmes, qui ne l’ont pas tant mérité que moi. Hélas, je m‘étonne comment est-ce que la terre me porte, etc.
Père Eternel , Jésus-Christ votre Fils nous a dit : Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, heurtez et l’on vous ouvrira.
Il nous a assuré que tout ce que nous vous demanderons en son nom , vous nous l’accorderez : donnez-moi donc s’il vous plaît pour l’amour de Jésus-Christ votre Fils, ce qui m’est nécessaire pour le corps et pour l’âme. Donnez-moi ce qui m’est nécessaire pour passer cette misérable vie : je n’ai rien que ce que vous me donnez ; si vous n’aviez pas soin de moi, je mourrais de faim, de froid. Donnez-moi une foi vive et inébranlable ; je crois, Seigneur, augmentez ma foi. Donnez moi une ferme espérance en vous ; j’espère, mais augmentez mon espérance. Donnez moi votre saint amour : je vous aime, mais faites que mon amour devienne plus ardent. Donnez-moi un véritable repentir de tous les péchés de ma vie passée ; je les déteste, mais rendez ma douleur plus vive. Faites que je n’aie pas d’autre volonté que la vôtre ; que je veuille tout ce que vous voulez, parce que vous le voulez et comme vous le voulez.
Donnez-moi la vertu d’humilité qui vous est si agréable, qui m’est si nécessaire, et dont je suis si dépourvu. Donnez-moi vertu de pénitence dans mes prières, mes afflictions, mes croix, mes souffrances, et dans tout ce qui m’arrivera de fâcheux. Donnez-moi la vertu de douceur dont j’ai un si grand besoin, et que vous avez si expressément recommandée. Donnez-moi une grande charité envers mon prochain : faites-moi la grace de l’aimer comme moi-même pour l’amour de vous. Donnez-moi le don de chasteté ; car personne ne peut être chaste, si vous ne lui en faites la grâce. Donnez-moi une tendre dévotion envers le très-saint Sacrement de l’Autel, envers la mort et passion de Jésus-Christ votre Fils, et envers la très sainte Vierge. Donnez-moi l’esprit de pénitence, de mortification et de recueillement. Accordez-moi le don de la prière. Apprenez-moi à prier car je ne sais pas le faire comme il faut. Donnez-moi un grand désir de mon salut et de ma perfection. Dérachez de mon cœur les choses de ce monde et faite que je ne respire que pour celle du Ciel. Faites-moi passer la semaine prochaine sans vous offenser, et sans malheur. Enfin, faites que je vive le reste de mes jours en bon chrétien, et que je meure dans votre grace et dans votre amitié, afin que j’aie le bonheur de vous voir un jour en Paradis. Ainsi soit-il.
Si l’on dit la Passion, ainsi qu’il se pratique ne plusieurs endroits, assistez-y avec foi, respecte te dévotion ; pensez pendant ce temps-là aux souffrance de notre divin Sauveur ; remerciez-le de la bonté qu’il a eu de tant souffrir pour l’amour de nous ; et priez Dieu de préserver les biens de la terre de gelées, de tempêtes, d’inondations etc. en lui disant : Mon Dieu, je vous prie, par les mérites de la Mort et Passion de Notre-Seigneur, de préserver nos biens de tous fâcheux accidents, et de nous faire la grace que de plutôt mourir que de vous offenser mortellement.
Ayez soin d'assister à la bénédiction et à l'aspersion de l'Eau bénite qu'on fait chaque Dimanche.
I. Pendant la bénédiction de l'eau, pensez que l'eau bénite a une grande force ou vertu, pourvu qu'on la prenne avec les dispositions requises : 1. En ce quelle sanctifie et purge nos consciences, remettant les péchés véniels dont on a un sincère regret. En ce qu'elle chasse les Démons. 2. En ce quelle empêche toutes sortes de prestiges et d'enchantements, purifie l'air, etc.
II. Pendant l'aspersion de l'Eau Bénite, souvenez-vous qu'on fait cette aspersion avant la Messe de Paroisse. 1) Pour vous faire souvenir de la grace que vous avez reçue autrefois au Baptême. 2) Pour vous ôter les empêchements à la grace en vous purifiant, et vous rendre participant du fruit du sacrifice.
III. Lorsqu'on vous aspergera, ou que vous prendrez l'Eau bénite, joignez vos intensions aux prières et à l'institution de l'Eglise ; recevez-la ou prenez-la avec foi, avec des sentiments de contrition et de dévotion intérieure, disant alors : Mon Dieu, purifiez-moi des plus petits péchés et des plus petits défauts, et rendez mon ame aussi pure qu'elle l'était après mon baptême.
IV. Portez-en chacun un dans votre maison, conservez-la dans un vase bien propre, et servez-vous en souvent, mais surtout le soir en vous couchant, le matin en vous levant ; en commençant vos prières, en entrant dans votre chambre, lorsque vous serez tenté, etc. en y joignant le signe de la Croix.
Assistez, autant que vous le pourrez, aux Processions qu'on fait dans votre Paroisse, soit les Dimanches, soit les autres jours. Les Processions sont instituées, les unes pour honorer quelque Mystère de la vie de Notre-Seigneur, comme celle des Rameaux, etc. Celles qu'on fait tous les Dimanches de l'année, et même d'autres jours, sont pour obtenir quelque grace du Ciel. On en fait aussi pour apaiser le colère de Dieu, commme celles qu'on fait en temps de peste, etc.
Pour y assister chrétiennement, tachez d'observer ce qui suit :1. Allez-y par dévotion et pour les mêmes fins qu'on les fait.
2. Chantez, si vous savez le faire ; mais chantez posément, et d'une manière qui inspire la piété et le respect. Ou bien dites votre Chapelet, ou faites quelque autre prière attention d'esprit et dévotion. Ou bien entretenez-vous dans quelque bonne pensée. Honorez, par exemple, les divers voyages de JESUS-CHRIST sur terre ; songez à la briéveté de votre course en ce monde, à cette Procession solennelle qui se fera à la fin du monde de la terre au ciel, etc. Faites de fervents actes, soit de remerciement, soit de contrition, de demande, de confiance, d'amour, etc.
3 Gardez-y une grande modestie et un grand silence. Ne regardez point ça et là, ne riez pas, ne parlez point sans nécessité. Souvenez-vous que les Processions ne sont pas des promenades où l'on puisse s'entretenir librement ; mais des assemblées de piété, de religion et de prière.
De la Messe
De la Messe de Paroisse
De l'offrande
Du Pain bénit
De la Parole de Dieu
Des Vêpres
Avant les Vêpres
Pendant les Vêpres
Après les Vêpres
Un dernier Moyen de sanctifier les Fêtes, c'est d'aller visiter, devant oun après souper, le très-saint Sacrement, si vous êtes proche de l'Eglise. Vous trouverez la manière de faire utilement cette visite dans la Conduite pour chaque jour.
Il n'est pas défendu de prendre quelques diverstissement les jours de Dimanche et de Fêtes, pourvu qu'on satisfasse aux devoirs d'un bon Chrétien, c'est à dire qu'on assiste à la Messe, à Vêpres, au Sermon, etc. et que ces divertissements soient honnêtes et modérés, et que l'on observe ce qui suit ; savoir :
1 De ne point jouer aux jeux de hasard.
2 De se divertir avec des personnes sages et du même sexe, et non pas avec des personnes libertines et vicieuses, non plus que les garçon avec les filles, ni les filles avec les garçons.
3 De se divertir ou de ne jouer que peu de temps. Il ne faut p&s faire comme ceux qui passent au jeu une grande partie du jour, et quelque fois même une partie de la nuit.
4 De ne jouer que peu d'argent. Il ne faut jouer que pour se délasser et pour se divertir et non pas par avarice ou pour gagner.
5 De ne point jouer de vin, à moins que soit en petite quantité ; autrement c'est ensuite une occasion de s'enivrer, parce que l'on veut boire tout le vin qui s'est perdu au jeu.
6 De prendre garde que le jeux ne vous soit une occasion, ou à ceux avec qui vous jouez, d'offencer Dieu : autrement le jeu, quoique honnête, vous sera défendu. Il y quelque fois des jeunes gens qui, pour s'amuser à jouer, sont la cause que leurs parents ou leurs maîtres se fâchent, qu'ils font des imprécations, donnest des malédictions, etc. Il y aussi des jeunes gens qui font des reniements ou jugements terribles lorsqu'ils perdenent. Dans ces cas-là et semblables, le jeu est une occasion de péché, et par conséquent défendu.
7 On ne dit rien de certaines récréations ou où l'on chante des chansons malhonnêtes, ou l'on tiens des discours à double sens, où l'on joue à des jeux immodestes, qui ne tendent qu'à prendre de libertés avec les personnes d'un autre sexe, etc. parce qu'il n'est que trop évident que ces sortes de récréations sont défendues en tout temps. Au reste, voyez ce qui a été dit de la récréation, page 62.
Il faut s'absetnir de travailler ou de faire travailler les jours de Dimanches et de Fêtes commandées par l'Eglise, parce que cela est défendu, à moins qu'il y ait une véritable nécessité.Sur qui vous remarquerez :
1) Qu'il n'y a pas de véritable nécessité, lorsqu'on peut prévenir ou différer le travail sans un dommage considérable.
2) Que lorsqu'il y a nécessité de travailler ces jours-là, il faut toujours entendre la Messe.
3) Qu'i faut demander la permission de travailler à Messieurs les Supérieurs ecclésiastiques, et à leur défaut, à Messieurs les Curés, qui doivent juger de la nécessité du travail.
4) Qu'il n'est pas permis d'aller travailler dans une Paroisse où il est Fête, quoiqu'il ne soit pas Fête dans le lieu d'où l'on est.
5) Qu'il n'est pas permis de travailler après la minuit du jour ou la fête commence.
Mais direz-vous, n'est-il pas permis de travailler après la minuit, pour achever une besogne commencée ? Je vous répond que non. Ainsi, il ne vous est pas permis à vous, Cordonnier, d'achever cette paire de souliers, ni à vous, Lingere, d'achever cette chemise, coiffe, etc. Car le plus souvent ce n'est que par avarice, ou pour faire plaisir à une personne, que vous travaillez pour achever ce que vous avez commencé. Mais si je ne travaille pas, je désobligerai les gens, je perdrai leur pratique. Je réponds qu'il vaut mieux les désobliger que de déplaire à Dieu.
Quoi ! pour contenter la vanité de ce garçon, de cette fille, etc. vous voudrez offencer Dieu ? Pour ce qui est des pratiques, que vous apprendrez à perdre, vous devez-être persuadé que vous n'y perdrez rien, et que Dieu vous récompensera d'ailleurs.
Il y a quantité de chrétiens qui ne se font pas scrupule de travailler ou de faire travailler les jours de Fêtes, quoiqu'il n'y en ait pas une véritable nécessité : tant est grande l'avarice et l'attache qu'ils ont pour la terre et les biens de ce monde.
Souvenez-vous que si vous travaillez ou faites travailler sans une véritable nécessité, même quand ce serait en temps de fenaison, de moisson ou de vendanges, Dieu vous punira tôt ou tard ; si ce n'est pas dans ce monde ce sera dans l'autre. Pour un écu que vous croyez gagner, vous en perdrez peut-être cent. Il vous arrivera peut-être quelque maladie et quelque perte de bestiaux, ou la mort de quelqu'enfant, etc., sans parler que vous perdrez peut-être encore le Paradis ; car quiconque travaille ou fait travailler ces jours-là pendant un temps considérable sans bonne raison qui l'excuse devant Dieu, fait un péché mortel.
Abstenez-vous aussi de courir çà et là les jours de Fêtes, pour vaquer à vos affaires temporelles.
********************************************************Pour passer saintement les Dimanches et les Fêtes, il faut fuir la fréquentation des cabarets ; cette fréquentation est la source de la profanation de ces saints jours de Fêtes. Les gourmands se contentent d'une Messe basse, et souvent ils sont hors de l'Eglise, ayant un genou en terre et l'autre en l'air, ou bien ils sont appuyés d'une manière indécente ; leur coeur et leur esprit sont au cabaret. Ils n'entendent ni Grande Messe, ni Prône, ni Catechisme, ni Vêpres. Si on fait le Prône à la Messe où ils assistent, ils sortent quelques fois de l'Eglise pour aller au Cimetière, ou peut-être pour aller boire jusqu'à ce que le Prône soit fini : s'ils ne sortent pas, ils n'écoutent point souvent ce que l'on dit ; mais ils s'amusent à parler ensemble ou ils s'endorment. Combien de péché ne commettent-ils pas point pendant le jour dans le cabaret n! Combien de railleries des choses saintes, des Prêtres, des Religieux ! Combien de médisances et de calomnie ! Combien de paroles sales et impudiques ! Combien de blasphèmes, de jurements, d'imprécations et d'injures ne profèrent-ils pas ! Combien de fois ils excitent les querelles, et se battent, etc. ! Quand ils se retirent il est souvent minuit. Leurs pauvres femmes ou leurs servantes sont obligées de veiller fort tard pour les attendre. Quand ils entrent dans la maison, il ne commencent que trop souvent par jurer, à pester et renier Dieu, jusqu'à battre parfois leurs femmes, les chasser de la maison et leurs enfants aussi. Ils vont se coucher enfin comme des bêtes, sans se mettre à genoux et sans prier Dieu ; ou s'ils font quelques prières, ils ne savent ce qu'ils disent ni ce qu'ils font. Ne vaudrait-il pas mieux que ces malheureux eussent travaillé tous les jours à la terre ? Ils n'auraient fait qu'un péché mortel, au lieu qu'ils en ont fait un grand nombre. Je ne dis rien des querelles, des divisions,,des mauvais ménages, de la pauvreté, ni de la misère des familles, dont la fréquentation des cabarets est la source.
Ah ! cabaretier et cabaretières, qui êtes la cause que les gens profanent les jours de Fêtes, malheur à vous. Si vous ne changez de conduite, la malédiction de Dieu tombera sur vous et sur votre maison, et tôt ou tard, vous serez misérables, et Dieu veuille que vous ne soyez pas damnés ! Au lieu de passer saintement les fêtes, de penser à dieu, à vous confesser et à entendre les prônes, les catéchismes, les vêpres, vous ne pensez la plupart du temps qu'à vendre et à contenter des gourmands ; vous êtes la cause que plusieurs perdent la messe, parce qu'en leur donnant à boire avant qu'ils l'aient entendue, dès lors qu'ils ont quelques verres de vin en tête, ils ne pensent plus à la messe ; ou s'ils y vont, ils ne savent pas ce qu'ils font. Vous donnez à boire pendant la messe de paroisse, ou pendant qu'on fait les instructions, ou pendant les vêpres. Vous donnez à boire à des gens qui désolent leur famille, qui mangent chez vous leur bien mal-à-propos. Vous donnez à boire aux enfants de famille, autant cause qu'ils se débauchent, qu'ils dérobent pour pouvoir payer, qu'ils n'ont aucun respect pour leurs parents, etc. Sans parler des excès et ivrogneries qui ce commettent chez vous, des dissentions, des querelles et des désordres qui arrivent dans les familles, dont vous êtes la cause, etc.
Ah ! Messieurs les Officiers, qui devriez tenir la main afin qu'on ne donna point à boire au cabaret, dans le temps défendu, à ceux à qui il n'est pas permis d'y boire pendant ledit temps, qui ne dites mots, qui laissez tout faire ; vous ne pensez pas au compte qu'il vous vous en faudra rendre à dieu.
Si c'était une affaire pour le Roi, vous y veilleriez, parce que vous appréhenderiez d'être punis ; mais pour les affaires de dieu, vous n'y tenez point la main. Puisque vous méprisez ses intérêts, il n'aura pas soin des vôtres.
Une autre chose qu'il faut fuir ou éviter pour passer saintement les Dimanches et les Fêtes, c'est la danse.
La danse est une occasion à une infinité de péchés. Les jeunes gens qui ont la danse en tête, ne pense qu'à se parrer et s'ajuster : un garçon, pour plaire à une fille, qu'il aime plus que dieu, une fille pour plaire à un garçon qu'elle aime aussi plus qu'elle n'aime dieu. Ceux qui ont la danse en tête, passent ordinairement les jours de fêtes, à danser, à sauter, à fréquenter des personnes de différents sexes, à s'enivrer et à se battre. Il ne se fait presque aucune danse ou il n'arrive quelque désordre, quelque querelle, quelque batterie, etc. qui ne soit suivie de quelque malheur. La danse est la source et cause de quantité de pensées sales, de désirs infames, de regards lascifs, de baiser sensuels et impudiques, et autres impuretés. C'est à la danse ou le diable lie les coeurs des filles à ceux des garçons, sans parler des péchés qui se commettent ensuite dans la danse. St Ephrem dit, que la danse est la cause de la perdition des filles des femmes des hommes, de la tristesse des anges, et que c'est la joie des démons.
Les jeunes gens qui ont la danse en tête n'ont aucun respect pour leurs parents : ils dérobent tout ce qu'ils peuvent attraper ; ce garçon, pour avoir un bel habit, un beau chapeau, du beau linge, pour payer le ménétrier, pour faire la débauche avec d'autres garçons, etc. Cette fille dérobe ppour avoir une belle coiffe, de belles dentelles, de beaux rubans, un beau tablier une belle robe, etc. On ne parle point de l'envie, de la jalousie, de la méfiance, dont la danse est la cause, non plus que de l'ivrognerie, gourmandise, etc. Mais, direz-vous, St François de Salle a permis la danse. Je répond que ceux qui disent cela n'ont pas lu son "Intrroduction à la vie dévote", ou il dit : Qu'il faut dire des danses ce que les médecins disent des champignons, que les meilleurs n'en valent rien ; ou il dit : Que les bals et les danses attirent ordinairement les vices qui règnent en un lieu, les querelles, les envies, les moqueries, et less folles amours, et que comme les exercices de la danse ouvrent les pores du corps, aussi ouvrent-ils les pores du coeur. Que si quelque serpent vient souffler aux oreilles par quelques paroles de cajolerie, ou si quelque basilic vient à jetter des regards d'amour, des regards impudiques, les coeurs sont forts aisés à se laisser saisir et empoisonner ; enfin, que ces impertinentes récréations sont fort dangereuses ; qu'elles dissipent l'esprit de dévotion, refroidissent la charité, et réveillent en l'ame mille sorte de mauvaises affection. Voilà ce que dit des danses St François de Salles. Or, est-ce là permettre la danse ?
Il faut conclure de tout ce qui a été dit ci-dessus
1. que les ménétriers qui tiennent la danse, seront grandement punis de dieu. Ils profanent les jours de fête, puisqu'ils les emploient à jouer et à boire, et faire danser, et sont la cause que plusieurs autres les profanent et commetent une infinité de crimes à l'occasion de la danse, comme querelles, batteries, impuretés, etc. car si personne ne jouait, ces choses n'arriveraient pas. Aussi voit-on que plusieurs de ces ménétriers meurent de mort subite et sans Sacrements.
Il faut conclure
2. que les Seigneurs, les Dames, et Messieurs le Officiers qui permettent les danses, sont coupables de tous les maux qui s'y commettent, puisqu'ils ne sont élevés par-dessus les autres, que pour les porter, par leur crédit et autorité, à servir dieu et par conséquent, à faire en sorte que les fêtes se passent en son honneur et à son service. Ils savent bien, ces Messieurs, que les danses sont la cause que les fêtes sont profanées, que la jeunesse s'y perd, qu'il y arrive des querelles et de batteries ; ils savent bien qu'il y a des Arrêts et quantité de Conciles qui les défendent : ils se moquent de cela ; pourvu que les garçons aillent leur rendre quelque honneur, et leur porter quelque présent, ils le leur permette.
Il faut conclure
3. que ceux qui disent que les danses sont des plaisirs et des divertissements aussi innocents qu'ils le veulent persuader, sont bien aveugle, (quelque esprits qu'ils aient) et qu'ils sont grandement coupables, eux qui devraient souvent faire leur possible pour les empêcher. Ont-ils plus d'esprit que les saint pères, qui ont crié de tout temps contre les danses, et que plusieurs Conciles qui les ont défendus ? Ces sortes de gens doivent bien craindre le jugement de dieu, car ils sont cause de la damnation d'une infinité de personne de l'un et l'autre sexe, lesquelles un jour crieront vangence contre eux, disant : Si vous nous aviez fait connaitre les dangers qu'il y avait dans ces danses, nous les aurions évitées, et nous ne serions pas en enfer.
Puisque cela est ainsi, jeunes gens, évitez donc les danses ; et afin de n'être pas tentés et sollicités à danser, n'allez pas ou se tient la danse, mais allez-vous-en au devant du St Sacrement ; ou bien allez trouver quelque bonne compagnie pour vous divertir honnêtement.
Pères et mères, maîtres et maîtresses, empêchez donc vos enfants et vos domestiques d'y aller, et à plus forte raison, ne les tenez pas ni ne souffrez pas chez vous. Ne prêtez pas votre maison au démon. Souvenez-vous que les danses sont souvent suivies de quelques punitions, etc.
Pour bien passer les Fêtes, il faut éviter la féquentation des personnes de différents sexe, aussi bien que la fréquentation ds cabarets.
Il n'y a rien, dit S. Jérôme, de plus dangereux que à l'homme que la femme, ni à la femme que l'homme. Souvenez-vous toutes votre vie, que c'est une espèce de miracle d'avoir des fréquentations familières avec des personnes de différents sexes et de ne pas offenser Dieu.
Peut-on cacher, dit le Saint Esprit, Pro. 9, le feu dans son sein sans que les habits se brûlent, ou bien marcher sur des charbons ardens sans se brûler la plante des pieds ? Ce qui a fait dire à Saint Bernard, que vouloir fréquenter les personnes de différentes sexes et vouloir conserver sa chasteté, c'est un plus grand miracle que de ressusciter les morts. Mais c'est un grand milieu que Dieu ne fait pas ;car nous voyons que ceus qui sont exposés dans l'occasion, sont tombés. Ainsi si vous avez des fréquentations familières avec des personnes de l'utre sexe, vous tomberez comme les autres. Quoi !êtes-vous plus saint que qu'un David, plus sage qu'un Salomon, et plus fort qu'un Samson ? Ces ytrois personnages sont tous trois tombés, dans l'occasion ; et vous, vous croyez de pas tomber ? Quelle présomption !
Il y a des gens qui ayant des fréquentations familières avec des personnes de différents sexes, disent pour s'excuser, qu'ils ne font point de mal. N'est-ce point là peut-être votre langage ? Vous dites que vous ne faites point de mal ; mais ces pensées ou imaginations sales où vous vous délectez, ne sont-ce pas de grands péchés ? mais ces sentiments ou ces tentations impures que vous ressentez avec plaisir, ne sont-ce pas de grands péchées ? mais ces désirs infames que vous concevez, ne sont-ce pas de grands péchés ? Je ne parle pas encore des mauvaises pensées et autrres péchés où vous vous laissez aller, lorsque jamais seul à seul ; ni en lieu secret, mais en la présence de quelqu'autre personne, ou si la chose ne peut pas permettre que quelqu'un soit présent, au moins que ce soit en tel lieu où vous pouvez être vu commodément des autres. C'est l'avis que donne S. Jér^me à Népotien, Ep. 2 Solus cum slâ secretò, et absque arbitro vel teste, non sedeas.
La seconde règle, c'est d'expédier le plutôt que vous pourrez, en peu de paroles, fuyant les longs discours, qui ne servent qu'à faire perdre du temps.
La troisième règle c'est de garder, dans ces occasions, un honnête gravité ; que votre façon d'agir et de parler soit honnête, mais non pas trop familière, et.
Une chose qu'il faut éviter, non seulement les jours de Fêtes, mais les jours ouvriers, ce sont certaines veillées ou assemblées nocturnes, composées de personnes de différents sexes, lesquelles assemblées sonr l'occasion à une infité de de péchés ; outre que c'est souvent le rendez-vous des garçon et des filles qui ont l'amour en tête, et qui ont de l'attache les uns pour les autres ; et très souvent de tout ce qu'il y a de gâté et de corrompu dans une Paroisse ou un Village. N'est-il pas vrai que, dans ces veillées, on y dit le plus souvent des paroles mal-honnêtes ou à double sens, ou qu'on y chante souvent des chansons déshonnêtes, ou qu'on parle mal du tiers et du quart, ou qu'on y tient des danses licencieuses, ou qu'on y joue à des jeux immodestes ? N'est-il pas vrai qu'on y donne ou qu'on y reçoit très souvent des baisers de bouche sensuels qu'on y prend ou qu'on y souffre des libertés criminelles, sans dire mot ? De tant de pensées déshonnêtes, auxquelles on se laisse aller, de tant de mauvais regards et de tant de péchés secrets d'impureté dans lesquels on tombe, etc. ? N'est-il pas vrai, en un mot, que dans ces sortes de veillées ; on n'y voit rien de bon, qu'on y entend rien de bon, qu'il ne s'y passe rien de bon, et par conséquent, que ces maudites assemblées sont la cause de la perte d'une infinité d'âmes ?
O chefs de famille ! qui tenez des veillées chez vous, autant de péchés sur votre compte qu'il s'en commet dans ces maudites veillées ; sachez que vous êtes coupables de toutes ces libertés criminelles, de toutes ces paroles mal-honnêtes ou à double sens, etc.
O père et mères, maîtres et maîtresses ! qui laissez vos enfants ou vos domestiques dans ces sortes de veillées, au lieu de les empêcher d'y aller, vous devez bien craindre pour votre salut.