Après votre prière du matin, vous ferez, si vous pouvez, une petite demi-heure d'Oraison mentale. C'est-là le véritable moyen de vivre et de mourir en bon Chrétien. C'est là que les pécheurs trouvent des moyens salutaires pour sortir de leur mauvais état. C'est là que les gens de bien puisent des graces pour se soutenir dans la pratique de la vertu, et por s'avancer dans la perfection. D'où vient que les pécheurs demeurent dans leurs crimes, et qu'on en voit tant qui retombent dans leur péché, après en être sortis, et que la terre est remplie d'abominations ? C'est parce que personne ne réfléchit sur les vérités de notre Religion. Pourroit-ion commettre le péché ; et l'ayant commis, pourroit-on y demeurer, si l'on pensaoit au danger où l'on s'expose en le commettant ? Etc.
C'est la méditation qui nous aide à bien prier : c'est l'Oraison mentale qui nous aide à profiter de la parole de Dieu : c'est l'Oraison qui nous aide à faire de bonnes Confessions et de bonnes Communions. Sans l'Oraison, il est bien difficile de pratiquer les vertus chrétiennes, et d'éviter le péché, etc.
Mettez-vous en a présence de Dieu. Pensez que c'est à lui que vous allez parler, et avec qui vous allez vous entretenir; qu'il est auprès de vous et dans vous, que vous êtes dans lui, comme l'oiseau est dans l'air, et le poisson dans la mer ; qu'il voit tout ce que vous faites, et à quoi vous pensez : puis dites : Mon Dieu, je crois fermement que vous êtes ici présents, je vous adore du fond de mon coeur . Je reconnais que c'est de vous que je tiens l'être et la vie, et que tout ce que je possède au monde.
Humiliez-vous devant Dieu, et lui demandez pardon de vos péchés, qui vous rendent indignes de vous approcher de lui, disant : Mon Dieu, je ne suis pas digne de paraître entre votre sainte présence, parce que je ne suis qu'un néant et misérable pécheur, je vous demande très humblement pardon de tous mes péchés ; je les déteste de tous mon coeur pour l'amour de vous ; je suis marri de les avoir commis, parce qu'il vous déplaisent, etc.
Priez Dieu de vous faire la grace de bien faire votre Oraison. Renoncez aux tentations et distractions qui pourraient vous arriver pendant ce saint exercice, et abandonnez-vous à la conduite du S. Esprit. Priez-le de vous éclairer de ses divines lumières, et de vous embraser de son divin amaour, disant : Saint-Esprit, je vous demande la grace de de bien faire mon Oraison, par les mérites de N. S. J-C, auxquels je m'unis de tout mon coeur ; et par l'intersession de très-sainte Vierge, de mon saint Ange gardien, et de tous mes saints Patrons.
Il faut faire trois choses pendant l'Oraison.
1- Il faut faire des considérations ; 2- Produire de bons actes ; 3- Prendre de bonnes résolutions.
2- Il faut faire des considérations ; c'est à dire qu'il faut penser, qu'il faut réfléchir sur quelques vérités chrétiennes, jusqu'à ce qu'on en soit bien convaincu. Si vous savez lire, prenez un sujet de Méditation : comme de la Mort et Passion de Notre Seigneur ou des quatre fins de l'homme, ou de quelque vertu, ou de quelque péché, etc. lisez-en quelques lignes, et pensez à ce que vous avez lu : ensuite lisez encore, et repensez ; et à chaque vérité, parlez, ou adressez-vous, tantôt à Dieu, tantôt à la sainte Vierge, à votre Ange Gardien, à votre Patron, aux Saints et Saintes du Paradis, tantôt aux âmes du purgatoire, aux malhereux damnés, comme si vous vous entreteniez d'affaire avec quelque autre personne. [ NDLR : entrainez-vous à la schizophrénie ! ]
Vous pourrez aussi, si vous voulez, prendre pour sujet d'oraison : pour le Dimanche, la dévotion à la Sainte Trinité, et faire les actes marqués pour ce jour-là. Pour le Lundi, vous pourrez pourrez rendre la dévotion pour les âmes du purgatoire. Pour le Mardi, la dévotion à l'Ange Gardien, etc. ainsi qu'il est marqué ces jours-là dans la Conduite pour chaque semaine. Lorsqu'il arrivera quelque solennité, comme la fête de Noël ou ou d'autres, vous pourrez prendre pour sujet de votre Oraison, ce qui sera marqué pour ladite solennité dans la Conduite pour chaque année.
Si vous ne savez pas lire et que personne ne le fasse pour vous, considérez les sujets suivants.
Pensez aux péchés que vous avez commis pendant la semaine , pour en demander pardon à Dieu ; aux graces reçues pour l'en remercier en lui en demandant de nouvelles pour la semaine suivante. Ou bien pensez à l'unique et importante affaire de votre salut.
Pensez à la mort, ou bien au jugement articulier, ou bien au purgatoire.
Pensez au jugement dernier. Considérez ce qui précédera, ce qui s'y passera et ce qui le suivra.
Méditez sur l'enfer, ou sur le péché mortel.
Pensez au paradis, ou méditez sur le très-saint Sacrement de l'autel.
Pensez à la mort et passion de Notre Seigneur J-C.
Méditez sur les vertius de la très-sainte Vierge, ou sur l'éternité.
méditez pendant un certain nombre de jours, l'Oraison Dominicale. Pendant un autre espace de temps, le Symbole des Apôtres, et pendant un autre mois, les Commandements de Dieu et de l'Eglise, vous arrêtant chaque jour à réfléchir de suite sur chaque demande du Pater, chaque article du Credo, et chacun des Commandements.
II- A chaque vérité que vous méditerez, produisez dez actes conformes à cette vérité, des actes de foi, d'adoration, d'admiration, d'amour, de haine, de confusion, de douleur, de désir, de remerciement, d'offrande, de demande, etc. Tenez-vous quelques momentes en paix avec Dieu, et laissez agir le Saint-Esprit en vous. Quand vous vous trouverez touché, suivez alors l'impression de la grace ; laissez-vous aller aux sentiments, aux affections et ous bons mouvements que vous ressentirez, et arrêtez-vous-y tant qu'ils dureront, sans vous mettre en peine de passer outre. Comme l'on ne bat le fusil que pour faire du feu, et qu'aussitôt qu'on en a fait, on s'arrête ; de même, quand on se sent touché en l'Oraison, il faut demeurer là tandis que ce mouvement durera. Ainsi, si vous vous truovez touché, par exemple, d'avoir offensé Dieu, arrêtez-vous à lui en demander pardon ; si vous vous trouvez touché de ce que Dieu vous a attendu à pénitence, après tant de péché que vous avez commis, arrêtez-vous à l'en remercier ; si vous vous trouvez touché du désir de paradis, de la crainte de l'enfer, ou des jugements de Dieu, arrêtez-vous là et laissez-vous-en bien pénétrer.
III- Il faut prendre des résolutions , mais des résolutions particulières. Ce n'est pas assez de dire, je veux fuir le péché, pratiquer la vertu, etc. Mais il faut faire résolution de fuir, par exemple tel péché, telle personne qui vous y porte, telle personne qui vous est une occasion d'y tomber, etc. Il vous faut, par exemple faire résolution d'assister aux offices les Dimanches et Fêtes, d'aller aux prônes, de faire un peu de lecture spirituelle chaque jour, et de vous cofesser pour le moins tous les mois, etc.
Saint François de Salles dit qu'il faut faire un bouquet dans l'Oraison ; il veut dire faut remarquer ce qui vous a le plus touché, et vous en souvenir pendant le jour. Vous avez, par exemple, fait votre Méditation sur la Mort, et vous avez été touché, pensant qu'à la mort il faudra tout quitter, et qu'on emportera rien que le bien et le mal qu'on aura fait : voilà le bouquet de l'Oraison. Il faut dire souvent pendant le jour : À la mort il faudra tout quitter, etc. Vous avez médité sur la vertu de la chasteté, et vous avez, par exemple, été touché par ce que Saint Paul a dit : que ni les fornicateurs, ni les adultères, ni aucun de ceux qui se sont adonnés à quelque impureté, n'iront jamais en Paradis, etc.
Dites : Mon Dieu, je vous remercie de m'avoir souffert en votre présence, aussi bien que des saintes pensées et des bons se,ntiments que vous m'avez donnés pendant cette Oraison. Je vous demande pardon de toutes mes distractions et immodesties. Je vous offre les résolutions que j'ai prises ; donnez-y, s'il vous plaît, votre sainte Bénédiction.
Voilà ce que c'est que faire Oraison. Voyez qu'il n'est pas si difficile de faire la Méditation, qu'on se l'imagine. Ne dites pas que vous n'êtes pas capable de faire l'Orasonà cause de votre ignorance, puisque ceux sont les plus ignorans, sont souvent ceux avec qui Dieu se plaît davantage de s'entretenir. S. Isidore n'était qu'un pauvre Laboureur, Sainte Geneviève, qu'une Bergère ; cependant l'un et l'autre faisaient l'Oraison, et par ce moyen ils sont arrivés à une telle sainteté que S. Isidore est Patron de Madrid, et Sainte Geneviève, Patrone de Paris. Il y a une infinité d'autres personnes qui, ne sachant pas lire, ont fait la Méditation toute leur vie, et sont arrivés à une haute perfection. Sainte Thérèse rapporte qu'elle avait trouvé une pauvre femme qui, en ne disant que son Pater, faisait mieux l'Oraison qu'elle.
Ne dites pas encore que vous ne sauriez méditer, puisque vous méditez tous les jours. Méditer, c'est penser, c'est réfléchir, etc. Or n'est-il pas vrai que depuis le matin jusqu'au soir, vous ne faites que penser, que réfléchir, etc. ? N'est-il pas vrai que lorsque vous avez quelque procès, vous ruminez jour et nuit, comment vous vous y prendrez pour le gagner ? Pourquoi ne penseriez-vous pas comment vous feriez pour réussir dans l'affaire de votre salut ?